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La « question de la langue » en Grèce: l’identité nationale au coeur d’une controverse sociale

18 octobre 2017 @ 17 h 30 min - 19 h 30 min

En Grèce, cela fait plus d’un siècle que la question de la langue mobilise les intellectuels, les pédagogues et les
politiques. Le vieux débat opposant les tenants de « la langue purifiée » à ceux de « la langue du peuple » s’est soldé,
en 1976, par l’accession du grec démotique au rang de langue officielle. Mais la page des controverses linguistiques
n’en est pas tournée pour autant. Dès les années 1980, on voit un groupe d’intellectuels dénoncer
« l’appauvrissement » de la langue grecque, allant jusqu’à évoquer, à son propos, le danger de son extinction pure et
simple. Le remède proposé ? Abolir les « frontières » dressées entre le grec d’aujourd’hui et le grec ancien, de
manière à ce que la langue actuelle puisse puiser « librement » dans le patrimoine linguistique de la Grèce antique.
Ce mythe du déclin de la langue a rencontré un large écho, notamment au sein de l’institution scolaire où il pèse
d’un grand poids sur l’enseignement linguistique. Depuis plusieurs décennies, la plupart des enseignants sont
persuadés que l’acquisition d’un bon niveau de langue passe par la maîtrise du grec ancien. Le phénomène tient, pour
une grande part, au prestige considérable dont jouit l’antiquité grecque auprès d’une opinion en pleine crise
d’identité. Face à la Grèce d’aujourd’hui, enlisée dans une des épreuves les plus graves de son histoire, la Grèce
ancienne est appréhendée, comme dans les autres pays d’Europe, à travers les valeurs universelles auxquelles elle a
donné corps. Le malaise identitaire que traverse la société grecque tient à des causes multiples. Parmi celles-ci figure
l’intégration de la Grèce à l’Union européenne. C’est, pour une bonne part, en réaction à l’image dévalorisante d’une
Grèce « sous-développée » et « levantine » que leur renvoyait le miroir européen qu’un certain nombre
d’intellectuels grecs s’est tourné vers l’Antiquité grecque et le patrimoine linguistique hérité de celle-ci, s’en servant
comme d’une sorte de bouclier idéologique.
Dans cette intervention, nous ferons de la question de la langue grecque une lecture différente de celle qui
prévaut dans la bibliographie tant grecque qu’internationale. Elle repose sur la prémisse méthodologique qu’une
situation linguistique ne peut être interprétée sans que soient déterminées les fonctions sociales des langues ou de
leurs variétés. Elle relie le langage aux relations et à la hiérarchie sociales, et se concentre sur le rôle de la langue
dans la formation des identités, en reliant les croyances métalinguistiques à l’idéologie nationale et à la nation.

Sociologue de l’éducation, Anna FRANGOUDAKI est professeure émérite de l’université d’Athènes. Ses publications récentes
portent sur l’ethnocentrisme de l’école et ses effets sur la formation de l’identité nationale, sur l’éducation de la minorité
musulmane de Grèce, ainsi que sur le nationalisme officiel grec et la montée de l’extrême droite.

contact : meropi.anastassiadou@inalco.fr

Détails

Date :
18 octobre 2017
Heure :
17 h 30 min - 19 h 30 min